Georges Haldas (1917-2010)

Hommage au poète et chroniqueur

Fokus vom 16/11/2010 von Claude Frochaux

Georges Haldas nous laisse orphelins d'une certaine littérature et d'une certaine idée de la littérature. En mourant à 93 ans, il éteint une lignée d'écrivains inaugurée par Ramuz et celui qui fut son maître dans ses années d'étude : Albert Béguin. Et derrière Albert Béguin, l'ombre tutélaire de Georges Bernanos qu'il eut l'occasion de fréquenter quand il était secrétaire des Rencontres Internationales de Genève.

Il avait – et il était le dernier à l'avoir en Suisse Romande – la tête métaphysique. Peu à peu, les écrivains qui se tenaient droits face au ciel se sont mis en position diagonale – jusque dans les années 1960-1975 – puis résolument horizontale. Occupés et préoccupés par les seules relations sociales, la communication sous toutes ses formes et, en termes plus généraux, les sciences humaines, psychologie et sociologie en tête.

Georges Haldas aura résisté à cet effet de l'horizontalité, jusqu'à ses derniers jours. Pour rester en contact avec le ciel, la permanence, l'ouverture extra-terrestre, il avait compris, comme Kierkegaard, qu'il fallait plonger en soi-même. Et opposer au tumulte du monde une intériorité, lien ombilical entre la conscience la plus profonde de soi et cette dimension métaphysique symbolisée par le ciel.

Dès 1942, il avait renoncé à l'idée d'être romancier. Pendant près de vingt ans, il sera exclusivement poète. Et il le restera toute sa vie, l'intuition poétique toujours préférée à toutes les formes de la rationalité.

Ce n'est qu'après avoir exploré toutes les ressources de la poésie la plus personnelle, qu'il s'ouvrira aux autres. Le plus vrai Georges Haldas avait trouvé sa voie littéraire : la chronique. Non pas le roman des autres, mais une chronique du retentissement de la voix et de la vie des autres, dans cette caisse à résonance ouverte par la poésie ; constituée par sa conscience revenue vibrante, dans cette ouverture au monde.

Désormais, les autres entreront par la porte du cœur et de la sensibilité la plus aiguë, dans l'univers d'abord préservé de l'intériorité. Mais la connaissance des autres ne viendra pas de la seule observation extérieure, pourtant pénétrante et infiniment perspicace. Elle sera nourrie d'une connaissance de soi-même, jusque dans ses ressorts les plus secrets. « Ne comprenez-vous pas que quand je parle de moi, c'est de vous que je parle », disait Victor Hugo. On ne peut pas connaître les autres comme on se connaît soi-même. C'est dans ce forage intérieur de soi, exercé pendant septante ans, que Georges Haldas a compris si profondément ce qui se ressent au plus profond de chaque être.

Un égocentrisme de surface qui camouflait une formidable ouverture aux autres. Et plus qu'une ouverture, une solidarité avec tous ceux qui partageaient cette conviction humaine qui était la même que la sienne. En définitive, un amour pour les autres, un partage tellement exigeant, qui finissait par ressembler à de l'égocentrisme. Si profond était devenu le lien fusionnel de l'intériorité d'un seul, avec l'extériorité des autres.