Arnaud Buchs

Arnaud Buchs est né en 1971 à Porrentruy, dans le Jura suisse. Après ses études de Lettres à Lausanne, puis à Paris VIII, il a enseigné la langue et la littérature françaises aux Universités du Michigan (Ann Arbor) et de Zurich. Il occupe actuellement un poste de maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne. Spécialiste de poétique et de théorie littéraire, il a publié deux ouvrages sur Yves Bonnefoy (éditions Galilée), et dirigé plusieurs volumes sur la poésie contemporaine et la littérature suisse romande. Il s’intéresse aussi à l’articulation de la poétique et de l’esthétique, en particulier dans les écrits sur l’art de Diderot et de Baudelaire. Il est par ailleurs membre du comité de rédaction de La Revue de Belles-Lettres (Genève).

Bibliographie

Diderot et la peinture , Paris, Editions Galilée, 2015.
Ecrire le regard , Paris, Hermann, 2011.
Le Déjeu, Alexandre Voisard , Genève, Editions Zoé, 2008.
Une pensée en mouvement , front. de Raymond Mason, Paris, Editions Galilée, 2008.
précédé de "Le carrrefour dans l'image" d'Yves Bonnefoy, Paris, Editions Galilée, 2005. précédé de "Le carrrefour dans l'image" d'Yves Bonnefoy, Paris, Editions Galilée, 2005.

«Pour lire l’œuvre d’Yves Bonnefoy, essayons de remonter à ses origines: à peine quelques poèmes et essais surréalistes publiés entre 1946 et 1951. Ce sont là des textes que la critique considère habituellement avec l’indulgence accordée aux débuts d’un auteur, la période surréaliste du poète étant en l’occurrence perçue comme une curiosité qui ne mériterait guère que l’on s’y arrête, sinon pour en faire l’antichambre de «l’œuvre véritable». Je propose au contraire de lire ces pages en elles-mêmes et d’abord pour elles-mêmes. Or une telle lecture, parce qu’elle se veut critique, ne peut éviter une confrontation avec la lecture que Bonnefoy fera lui-même de ses premiers écrits, des années 1950 à aujourd’hui.

Deux perspectives traversent ainsi l’analyse, qui proposent deux niveaux de réflexion. J’ai, d’une part, replacé les textes surréalistes dans leur horizon d’origine, où le langage, l’image et la réalité jouent un rôle prépondérant. Alors qu’elle vise à interroger le monde par le langage, l’esthétique surréaliste fait pourtant l’économie de toute poétique, le langage n’étant jamais remis en question. Bonnefoy dépassera le surréalisme au moment où il fera du langage non plus le moyen, mais l’objet de son questionnement: la poétique est une réponse à l’esthétique, et ce dialogue initié dès la fin des années 1940 traverse en fait toute l’œuvre.

Mais cette prégnance du poétique dans l’esthétique repose d’autre part sur un questionnement de type herméneutique. Au-delà du langage ou de l’image, c’est en effet le sens lui-même qui est problématisé, et ce mouvement dialectique, s’il se laisse aisément suivre dans l’écart séparant les textes surréalistes de leurs commentaires tardifs, agit aussi dans l’instant même de l’écriture. Le sens n’est jamais qu’une origine du sens, il n’y a pas de sens, pour Bonnefoy, sans (re)mise en question du sens.

Poétique et herméneutique sont dès lors inséparables, elles participent d’une même écriture où ce que j’appelle le discours de l’œuvre recoupe le discours à l’œuvre ; les deux perspectives de cette réflexion finissent donc par se rejoindre et peuvent ainsi servir de prolégomènes à une relecture de toute l’œuvre de Bonnefoy.»

(Arnaud Buchs)