L’Amour et autres contes

Sylviane Roche

L'Amour et autres contes: un livre drôle où toutes les femmes retrouveront, à un moment ou à un autre, un reflet de leur vie (de la jalousie, du mari volage à l'amant par trop présent, de la famille...), leurs angoisses, leurs soucis quotidiens. Tous ces moments de vie dont on ne découvre que plus tard l'importance. Par leur thématique et leur univers, ces textes composent un véritable roman.

Quelques questions par e-mail

von Line-Claude Dayer et Sabine Leyat

Publiziert am 25/09/2015

Quand avez-vous ressenti le besoin d’écrire et pourquoi?

J’ai toujours eu besoin d’écrire. Pour exprimer, communiquer, fixer les choses. Mais entre écrire et publier, il y a un monde, et de nombreuses années.

Quels sont les auteurs que vous appréciez particulièrement? De quelle façon vous ont-ils marquée? Sont-ils présents, en filigrane, dans vos écrits?

Flaubert, Hugo, Proust, Aragon, entre autres. Les latino-américains contemporains comme Vargas Llosa, Bryce Echenique, García Marquez… Je crois qu’Aragon m’a beaucoup «inspirée» en tout cas dans ma réflexion sur l’écriture et sur le style. Son livre Les Incipit a été une révélation pour moi à ce propos.

Parlez-nous de «l'acte créateur»: quels processus suivez-vous pour écrire? Quel est pour vous le lieu propice à l'écriture?

Je ne peux pas dire grand-chose de l’acte créateur. L’écriture s’impose, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit aisée ou automatique. Je travaille au contraire énormément. Mais ce qui fait que «ça marche» ou pas m’échappe. Il y a un très long processus de maturation. J’écris de préférence la nuit, le soir très tard. Avec mon stylo plume. Dans la solitude.

Certains thèmes semblent vous appeler: qu’en est-il?

Ça, tous les lecteurs peuvent répondre mieux que moi. L’engagement politique, l’Histoire qui traverse les histoires individuelle, le vieillissement du corps, le souvenir, la passion, la mort, Paris, mon quartier, l’amitié des femmes… Bon. C’est du pêle-mêle, mais je ne peux pas me liver à une analyse thématique de ce que j’écris. Trop long et fastidieux.

Vous dites souvent que le rôle d’un écrivain n’est pas de se dire, de «mettre ses tripes sur le papier», mais bien plutôt de «dire» la société qui l’entoure, le monde dans lequel il vit…

Oui, je dis ça. Et je le pense! Je déteste la veine purement autobiographique, même si je pense que l’autobiographie nourit toujours la fiction romanesque. Mais je fais mienne la phrase de Malraux «qu’importe ce qui n’importe qu’à moi». Pour reprendre le titre d'un texte en forme de boutade que je viens de donner à la revue belge Balises : «Je suis un écrivain du XIXe siècle.» C'est à dire que je crois à la responsabilité sociale et politique – au sens large – de l'écrivain, et même de l'artiste en général.

Vous publiez exclusivement chez Campiche: heureux hasard ou choix délibéré?

Choix absolument délibéré, ou l’évidence (c’est de loin le meilleur éditeur de Suisse romande, tant du point de vue de la qualité de son travail que de l’attention qu’il porte à ses auteurs) se joint à l’amitié et à la fidélité.

Votre livre intitulé Le Temps des cerises semble vous tenir tout particulièrement à cœur…

Pas plus que les autres… Mais comme les gens l’aiment bien, ils m’en parlent souvent. C’est aussi celui qui pose le plus de questions politiques. Mais j’aimerais bien qu’on me parle aussi des autres, en particulier de Septembre qui n’a pas été compris à mon avis par pas mal de gens dans les milieux de la critique ou de la lecture professionnelle.

Comment vous est venue l’idée d’écrire L’Italienne?

En rencontrant MR De Donno. MR De Donno est quelqu'un d'extraordinaire et j'ai ressenti presque tout de suite pour elle une admiration et une amitié qui d'ailleurs ne se sont jamais démenties depuis. J'ai pensé que je pouvais mettre ma plume au service de ce qu'elle avait à dire. Et que cette histoire pouvait intéresser beaucoup de gens.

Votre dernier ouvrage, Amour et autres contes, sort ces jours de presse; de quoi s’agit-il? Votre titre laisse supposer que l’amour serait un conte: comment faut-il l’entendre?

Comme ça…(vous avez parfaitement compris le titre, bravo). Un conte de fée, un conte à dormir de bout, un conte de bonne femme… Un truc auquel on croit quand on est petit. Qu’on se raconte. Un mensonge. Et aussi une merveilleuse histoire dont on a besoin le soir pour s’endormir... Il s'agit de textes courts (plus deux textes plus longs) sur la vie, l'amour, le désamour, l'amitié, les hommes....D'aucuns trouveront cela bien léger. Je pense que la légéreté, comme l'humour, est parfois une façon... polie de dire le plus grave et le plus douloureux.

Quel constat tirez-vous de cette expérience: écrire «sous la contrainte», dans un style donné, avec des délais, etc?

C’était intéressant et formateur. Mais épuisant, anxiogène. J’ai tenu 3 ans. C’est plus qu’assez. Mais ça a débloqué quelque chose en moi.

En même temps que votre recueil de nouvelles, Campiche sort un livre d’un auteur argentin dont vous avez assuré la traduction et que vous appréciez énormément…

Oui. L’auteur est Argentin, s’appelle Daniel Mayer. Il vit en Suisse depuis longtemps, et c’est un ami très cher. D’abord j’adore l’espagnol qui est ma 2e langue, et la traduction littéraire a été pour moi un défi à relever. Ensuite, je connaissais ce roman depuis longtemps. Daniel l’avait écrit et jeté dans un tiroir. Il l’a ressorti et je l’ai convaincu de me laisser le traduire. C’est une histoire terrible, de l’époque de la dictature militaire en Argentine, et qui a des bases autobiographiques. À lire absolument. Le titre français (si on peut dire) est Puerto final.

Nouvelles, romans, chroniques, porte-parole, traduction: chaque nouvelle parution est une surprise; et impossible de vous attribuer un genre littéraire particulier…

C’est ça qui est marrant. Je n’aime pas les étiquettes. Dans la vie non plus…

De façon similaire, difficile de vous attribuer une identité bien définie: Française exilée, Suissesse d’adoption, Hispanique de cœur: vous sentez-vous quelque part chez vous? Ces composantes multiples servent-elles votre écriture d’une façon ou d’une autre?

Je me sens chez moi dans mon appartement, avec mes livres et mes chats. Je me sens chez moi à Paris, parfois. Je me sens chez moi avec les gens que j’aime, surtout cela. Alors ça peut être partout, ou nulle part, vous avez raison. Un peu suisse en France, très française en suisse, partout un peu latino. J’explique les uns aux autres aussi, ça c’est un rôle d’écrivain. Un peu juive aussi, par moment, face à l’antisémitisme ou encore à la honte causée par la politique israélienne. Tout ce qu’on est sert l’écriture. À condition d’en faire autre chose.

Presseschau (Auswahl)

La romancière du Temps des cerises revient aux textes courts et démonstratifs

[...] De ton, d'humeur et de longueur variées, ces textes abordent toutes sortes de sujets: peut-on travailler avec l'homme qu'on aime? Comment écrire une lettre de rupture et (version a) rester, ou (version b) partir, comment avoir une vraie conversation avec son père, ne pas se laisser détruire par la jalousie, séduire un nouveau collègue devant la machine à café? En variant ses effets, la chroniqueuse se livre à cet exercice à sa façon vive et familière, qui vise à installer une connivence avec des lectrices qu'elle veut convaincre. C'est peut-être ce qui limite la capacité de ces textes de circonstance à être repris en volume: ils n'ont pas tous la légèreté charmeuse de «Piropo». (Isabelle Martin, Le Temps, 20.04.2002)