Kurzkritik

Journal d’Allemagne (1938)

Parmi les rares ouvrages qui aidèrent à discerner le sens des événements en cours dans les États totalitaires, ce recueil de notes au jour le jour constitue certainement l’une des plus lucides analyses de l’époque sur la véritable origine et l’essence du national-socialisme. À partir de prises sur la vie quotidienne de l’Allemagne hitlérienne des années 1935-1936, sur son existence dans les êtres, l’auteur dément les explications fournies par les marxistes (défense du capital), les nationalistes (hystérie collective) et les démocrates (tyrannie), et décrit, preuves à l’appui, la nature réelle du phénomène qu’il rapproche du jacobinisme français de 1793: la dictature au nom du peuple, la centralisation extrême dans tous les domaines de la vie sociale et affective, la suppression brutale et militaire de toute expression libre, la répression et le nivellement des esprits, les fêtes symboliques, la divinisation des masses et l’exaltation de la nation considérée comme missionnaire d’une idée. Le succès du régime hitlérien se manifeste d’abord par son caractère sacral et l’attraction passionnée qu’exerce une religion nouvelle sur des masses athéisées et décomposées par un siècle d’individualisme où tous les liens sociaux et politiques, spirituels et humains sont dissous. L’État hitlérien, né de la misère et de l’angoisse du peuple allemand, est l’expression d’une mystique religieuse et nationaliste qui, seule, explique en dernier recours cette fusion totale de l’individu dans la nation. Face à ce phénomène d’une ampleur sans précédent qui lui inspire un frisson d’horreur sacrée, l’auteur appelle à la résistance la plus obstinée: celle d’une renaissance spirituelle, enracinée dans un acte de foi chrétien, et d’une révolution morale qui restaure une autorité formée d’hommes responsables et des institutions qui soient à la «mesure de l’homme». Sur le plan politique, le fédéralisme s’avère la seule alternative raisonnable qui puisse faire échec au totalitarisme. (Bruno Ackermann)