Skoda

Olivier Sillig

Un homme reprend conscience. Autour de lui, ses camarades d’infortune gisent. Tous sont morts. L’histoire se passe aujourd’hui dans un pays qui n’est pas nommé. L’homme s’éloigne. A quelques mètres, une voiture, une Skoda, est à l’arrêt. Elle aussi était dans la cible du raid aérien. Un homme et une femme sont affalés à l’intérieur. Morts. Seul un tout petit bébé respire encore. Après quelques hésitations, l’homme prend l’enfant avec lui et part sur la route. Une fable sur la guerre dans notre monde. En Europe ou ailleurs. L’absurdité et l’horreur du quotidien. Contrebalancées par la beauté du lien qui se crée entre l’homme et l’enfant. La vie contre la mort.

(Quatrième de couverture)

Rezension

von Elisabeth Vust

Publiziert am 12/09/2011

Olivier Sillig poursuit un travail de fiction assez étonnant. Son premier roman Bzjeurd (1995) a été édité par la prestigieuse enseigne nantaise de science-fiction Atalante. Son second roman continuait dans la veine SF avec une Marche du loup (2004)médiévale; son troisième alliait le polar et la romance au fantastique (Je dis tu à tous ceux que j’aime, 2005) ; son quatrième revisitait l’épopée historique (Deux bons bougres, 2006) ; son cinquième roman tranchait par le ton doux et un brin désuet de son enquête policière (Lyon, simple filature, 2008) ; son sixième mêlait le conte à l’histoire dans un récit épique au long souffle (La cire perdue, 2009). Quant à son septième titre, Skoda,on y quitte le passé pour le présent, et l’imaginaire pour le réel, puisque l’action s’y passe de nos jours dans un pays en guerre.
Sans conteste singulière et protéiforme, l’œuvre romanesque de cet artiste multiple (écrivain, cinéaste, plasticien, photographe : www.perso.ch/olivier.sillig) n’est pourtant pas si hétéroclite qu’elle y paraît au premier survol. Si elle est riche de diversités (autant au niveau du genre littéraire que de la longueur des textes), elle est aussi quadrillée de fils rouges et  de thèmes : l’identité sexuelle, la paternité, l’enfance (meurtrie), la résistance, le libre-arbitre, la violence et la sujétion. Solitaires, les héros silligiens évoluent dans des paysages où fiction et fantasmes prennent plus ou moins de place, au rythme d’une écriture galopante, parfois minimaliste, parfois plus foisonnante, voire échevelée, et souvent teintée d’une naïveté, peut-être feinte mais néanmoins désarmante. L’univocité n’est donc pas le mode choisi par ce maintenant sexagénaire, distingué plusieurs fois (parmi d’autres : Prix du roman de la Télévision Suisse romande, Prix des auditeurs de la Radio Suisse romande, Prix Bibliomedia).
Son nouveau roman est aussi court qu’acéré, une centaine de pages comme un concentré de ce que l’humain peut avoir de bon et d’effroyable. Cela pourrait se passer en ex-Yougoslavie, un jeune soldat réchappé d’une attaque recueille un bébé survivant d’un raid aérien. Ce moïse sauvé des bombes va porter le prénom Skoda, marque de la voiture dans laquelle il a été trouvé. Dès lors, le récit lutte contre la barbarie et l’absurdité de la mort, avec les armes de l’espoir jamais perdu du héros de sauver son protégé. Et cela au prix d’humiliations corporelles et de stratégies pour calmer la faim.
Viols, meurtres, la convoitise et le désir prennent des tours brutaux, envahissent la page. La sauvagerie s’y mêle donc et certaines scènes charrient de l’ambiguïté lorsque la victime se surprend à éprouver du plaisir. 
Au demeurant, plus que de raconter, l’écriture scande ; elle a la cadence d’un staccato, est alerte et dépouillée, visuelle et réflexive, parsemée de quelques formules un brin pontifiantes, qui font aussi le style d’Olivier Sillig. Et même devant cette scène d’un douanier tour à tour violant puis biberonnant, il ne faudrait pas y voir de second (voire plus) degré, le romancier répétant facilement sa détestation de ces « ricanements sur les choses ».

Kurzkritik

L’écrivain lausannois Olivier Sillig nous plonge dans une atmosphère de guerre dans son septième roman. Son court récit se passe dans un pays qui pourrait être l’ex-Yougoslavie. Le héros, un jeune soldat réchappé d’une attaque, recueille un bébé lui aussi survivant d’un raid aérien. Dans une atmosphère de menace (la guerre), de tendresse émergeante (du héros pour l’enfant) et de désir mêlé d’une grande violence (viols), le récit résiste à la barbarie avec les armes d’un espoir jamais perdu. Le ton n’est à aucun moment désabusé dans Skoda où l’horreur côtoie la douceur, au rythme d’une écriture dépouillée et bellement scandée. (ev)