Les Oasis de transit

Yves Rosset

À peine avais-je posé mes affaires dans ma chambre qu’elles étaient déjà recouvertes de la poussière du dehors circulatoire. Une lettre de la banque m’indiquait que mon compte-voyage était vide. C’était en octobre 2003. Je découpais ma carte Visa, commençais à écrire les premiers jours en Pologne et m’arrêtais au moment où j’étais en train de rêver au bord de la Vistule pour accompagner les enfants chez le dentiste. En allant apporter mes films du Japon à développer chez Karstadt, je croisai Max et Antonia qui m’expliquèrent qu’ils allaient acheter du vinaigre en action. Après plus d’une année privilégiée faite de voyages et de lectures, cela me remettait les pieds sur Terre. Mais comment boucler une boucle qui n’en est pas une? Vie qui spirale. Mieux vaut parler d’aller et retour, de transit. Quelques minutes plus tard, je recroisais Max et Antonia. Ils avaient aussi trouvé des pâtes pour presque rien.

(Yves Rosset)

Entretien avec Yves Rosset

von Francesco Biamonte

Publiziert am 05/01/2006

Vous avez présenté ainsi le projet des Oasis de transit à la FEMS, qui vous a attribué la bourse nécessaire à sa réalisation:

«Les Oasis de Transit est un projet littéraire d'«écritures en voyage», en oscillation constante entre le journal de voyage intime et une forme exacerbée de reportage littéraire. S'y donneront à lire autant un récit désirant traduire la nature poétique de la magie du voyage, qu'un essai réflexif sur les conditions de celui-ci à l'aube du XXIe siècle. - Se voulant écho incessant d'une expérience éperdue d'écritures en chemins, les Oasis de Transit devront, par leur rythme et leur genèse, rester ouvertes à ce qui les pénétrera et s'y infiltrera, au fil du temps et de la géographie parcourue - Les Oasis de Transit seront à réaliser en trois étapes de travail, auxquelles correspondront trois formats d'écriture - Des carnets tenus tout au long de l'année de la bourse et qui constitueront le manuscrit original remis à la FEMS - Des lettres électroniques adressées à un interlocuteur fictif et envoyées au fil des diverses étapes parcourues. Conçues comme un work in progress, ces lettres alimenteront une chronique à créer sur le site Internet de la FEMS - Un récit final intitulé «Oasis de Transit» et destiné à une publication rassemblant un montage du matériel d'écriture retravaillé. Un avant-propos y décrira la nature du projet ainsi que le cadre de sa réalisation. Les trois derniers mois de la bourse seront consacrés à sa rédaction. - Pour réaliser les «Oasis de Transit», je veux effectuer trois genres de voyages: - Des voyages de proximité, relativement courts, autour de Berlin où je séjourne depuis douze ans: Pologne, Tatras, Mer Baltique. - Des voyages plus longs où m'invitent l'amitié: Israël, Etats-Unis, Italie. - Des voyages durant les vacances scolaires faisant sens pour ma famille et pour moi: Japon, Suisse, Paris, Turquie.»

Avez-vous pu vous en tenir à ce projet très précis?

Oui. Je me suis effectivement rendu dans les pays que j'avais indiqué et tenu mes carnets, qui sont ensuite devenus des cahiers. Je les ai remis à la FEMS, qui les tient à la disposition du public. Il y a cinq «petits» carnets à cinquante double-pages environ, pleins à ras bord d'écriture en pattes de mouche et d'images et quatre cahiers réunissant un total de 520 pages A4 de collages et d'écriture un peu plus grande. Cela fait un joli paquet et dès fois je me dis que la FEMS aurait du «mettre le paquet» et reproduire cela ainsi, car cela aurait été le meilleur moyen de présenter le travail effectué, qui visait, entre autres, à rendre compte d'une certaine masse de choses et de leur puissance épuisante et désordonnée dès que l'on essaie tant soit peu d'y songer. Les «Lettres à Elil», prénom de mon interlocuteur fictif, ont mis du temps à partir, mais, au nombre de sept, elles ont raconté à leur manière aussi le «work in progress» ayant eu lieu durant l'année. Le récit final a légérement changé de titre et ne raconte que la moitié des voyages effectués.

Avec ses 530 pages, votre livre serait ce qu'il est convenu d'appeler un pavé, si sa masse n'était pas aussi fourmillante, allégée et fragilisée par les mille galeries qui la traversent. Or des nombreuses destinations prévues dans le projet, le livre n'a retenu presque qu'Israël et les Etats-Unis. Pourquoi ce choix?

Je ne suis pas vraiment d'accord avec la manière dont vous résumez les destinations racontées par l'ouvrage qui, entre Israël et les Etats-Unis, passe tout de même par l'Egypte, l'Allemagne, la France, l'Espagne et traverse l'Atlantique. Mais sinon, c'est vrai qu'il y a un choix, et que, comme dit, je n'ai pas parlé de ma découverte de Cracovie et du Tatras derrière Zakopane, de mon passage à pied du Gotthard, de la fantastique journée passée à m'approcher de San Gimignano avant de me plonger dans la foule de ses touristes, du plaisir que j'ai eu à errer dans Rome, du séjour dans le sud-ouest de la Turquie et de notre voyage en bus jusqu'à Istanboul en passant par Boursa avec ma femme et mes enfants, de ma rencontre avec Wojketk à Varsovie et de notre voyage hallucinant avec Arthur près de la frontière biélorusse à l'est de la Pologne dans un temps de juin fou, avant que j'aille découvrir la dune mouvante de Leba, ni presque rien enfin des six semaines passées au Japon...

Le choix est technique. Il y a tentative de faire tenir le texte. Comment dire. Quand j'ai eu fini d'écrire le passage dans la Mer morte à Ein Geidi, celui où je dis que, d'une certaine manière, la douleur vient de l'intérieur, du déchiffrement de nous-même et que c'est ce qui porte l'écriture, je me suis dit que ce serait un bon début. Le but du prix FEMS est de permettre à une personne de faire un pas décisif dans son travail. Pour moi, «Les Oasis de Transit», c'est un livre contre la douleur, pour le déchiffrement, même s'il y a peu d'introspection véritable. Comment dire... Mon écriture vient de la dépression. Maintenant que je le sais, cela ne veut pas dire que je ne vais pas retomber, mais au moins je sais qu'il faut que je passe à une nouvelle étape d'écriture, donc c'est un pas décisif. Ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas, en partie, continuer à écrire à partir de ce déchiffrement, qui est aussi très fort et m'intéresse et reste de toute manière d'une certaine manière la source du courant. Et puis, le passage sur Ein Geidi commence avec les mots «Rien ne bouge». Je trouvais cela bien pour commencer un récit de voyage, que rien ne bouge. Finalement, Bernard Campiche, que je remercie beaucoup, m'a suggéré d'encadrer le récit pour que les lectrices et les lecteurs sachent un peu de quoi il s'agit, ce gars qui écrit et qui va comme cela en voyage. C'est l'«avant-propos» qui décrit «la nature du projet ainsi que le cadre de sa réalisation» que j'avais annoncé dans mon projet que vous avez cité auparavant.

Il y aussi d'autres aspects qui expliquent que je me suis de plus en plus tenu à ce choix au fur et à mesure de la composition du livre. Le texte «réel», après la manière d'avant-propos, commence au point le plus bas du voyage et finit dans l'avion, au point le plus haut. Il commence près d'une oasis, celle de Ein Geidi, et finit à Big Sur, ce qui est aussi une manière d'oasis. Et il traverse l'hiver, va vers le printemps, vers la lumière. Et puis, le mouvement général va vers l'ouest.

Votre livre consigne une multitude d'images, de sons, de pensées, de bribes, d'associations d'idées, le tout de manière très rapide. Vous parlez vous même dès les premières pages du tournis que donne le monde, et du «chiffonage de sa bribité». Quelle est la part du carnet de bord et quelle est la part de l'élaboration littéraire dans l'écriture de vos Oasis? Très concrètement, combien avez-vous retravaillé les textes, et en quoi, pour la publication finale et l'assemblage entre les différentes parties?

Le texte se nourrit des carnets mais il est entièrement réécrit. Toute sa «dramaturgie» est le fruit d'une nouvelle composition. Il n'y a pas, je crois, deux phrases qui se suivent de manière exactement similaire à ce que j'ai pu écrire dans mes carnets. Donc il faut aller les déchiffrer eux-aussi, car ils racontent autrement le même voyage, et en plus, il y a les images.

Dès la couverture, on se trouve confronté à différents mondes: le graphisme est résolument pop, on dira «neo-sixties», le choix du sous-titre «Relations de voyage» renvoie plutôt à Cook et Bougainville qu'à Kerouac. Mais les références musicales que l'on y croise vont plutôt du côté du jazz et du rock. Le style et le rythme que j'ai évoqués, la manière de penser et d'écrire rappellent plutôt des visions du monde à la Fluxus, des avant-gardes américaines et allemandes des années 1960-1970. Le livre regorge de citations explicites ou cachées. C'est un ouvrage au fond très cultivé, en même temps qu'il est très proche de la «vraie vie», des sensations vécues et de votre subjectivité. Vous situez-vous vous-même dans une ou plusieurs traditions particulières du récit de voyage?

D'après Laurent Goei, qui a réalisé la très belle couverture pour laquelle je le remercie encore ici, il s'agit d'un travail «néo géo», une approche qui date des années nonantes. Bon. Sinon, non, je ne me situe pas dans une tradition particulière du récit de voyage. Il faut aussi rappeler que «récit de voyage» était le thème imposé par la FEMS.

A propos des citations, justement: quel rôle a joué la lecture dans le voyage?

J'ai beaucoup lu, ou plutôt, essayé de beaucoup lire. Je me suis acheté pas mal de bouquins, puisque j'avais les sous pour, et j'en ai trimbalés pas mal avec moi un peu partout, ce qui alourdissait mes bagages. Mais en même temps, je lisais parce que cela faisait partie du projet, de lire sur les pays ou des auteurs du pays. Mais j'emporte toujours des livres avec moi, par exemple quand je vais à la poste et que je sais qu'il y aura du monde. L'autre jour c'était encore assez tôt le matin et je lisais «Ulysse» dans la traduction d'Auguste Morel, assisté de Stuart Gilbert, et, sauf un plaisir certain des mots, je n'y comprenais rien, mais je me disais alors que c'était normal parce qu'en fait, j'étais à la poste. Mais lire, bien sûr, c'est mon travail d'écrivant. Et si j'ai cité autant, c'est comme un hommage, un remerciement évident à cette présence vitale et si centrale qu'ont les livres, et qu'ils ont eu durant cette année privilégiée. En citant, c'était aussi une manière de rendre compte ce qui m'arrivait, cette rencontre avec des textes qui vous touchent exactement là où vous en êtes dans votre fuite, votre quête, votre périple ou votre écriture.

Sitôt qu'un Suisse écrit en voyageant, l'ombre de Nicolas Bouvier, amicale, intimidante ou menaçante, est rarement absente. Qu'en est-il pour vous?

C'était horrible, parce que je l'admire énormément et que son «Usage du monde» a eu un rôle de déclencheur pour moi en ce qui concerne l'écriture, mais en même temps, je n'ai rien de commun avec lui et le projet des Oasis n'avait rien à voir avec celui des voyages qu'il a entrepris. Pour résumer, lui, il était un pur, qui vendait des articles savants à des journaux de Théhéran, faisait des fouilles archéologiques en Afghanistan ou vendait des photos à des magazines japonais pour ne pas mourir de faim. Moi, j'ai dormi dans un palace à Boursa où je prenais des notes en peignoir douillet en sortant de bains chauds, mangé du crocodile à New York que je payais avec ma carte Visa, bu un apéritif dans le bar très chic et smooth au septième étages de l'immeuble Sisheido dans le quartier de Ginza, à Tokyo, et quand j'avais plus de sous, j'appelais la secrétaire de la FEMS qui faisait le nécessaire via la BCV. Sinon, la libération définitive est venue quand j'ai écris la phrase dans l'avant-propos où je cite, sans les marquer entre guillemets ou en italique, les deux titres des ouvrages phares de Bouvier et Maillard: «Oasis interdites et usage du monde», car j'ai alors compris en quoi ces titres ont aussi quelque chose d'exclusif. Les oasis sont interdites et réservées aux voyageurs d'une certaine espèce qui se reconnaît entre elle et l'usage du monde peut aussi être lu comme un impératif normatif, genre, voilà le bon usage, le bel usage, tout le reste est mésusage. Mais c'est un titre fantastique aussi, parce qu'il y a comme «usé» dedans, le monde qui nous use, à bon escient, etc. Oui, Bouvier, de fait, l'horreur du Maître que l'on n'ose pas tuer, mais les textes, vraiment, extra, même si, au fond, si on y pense, le «vrai» voyageur, encore plus dingue et digne d'amiration, c'est Cendrars.

Le livre est en français, mais il contient de nombreuses expressions en anglais (et ce bien avant que votre trajectoire ne vous conduise aux Etats-Unis); des mots et des formules en allemand (vous vivez à Berlin) y sont fréquents. Comment vous situez-vous entre ces langues et leurs univers respectifs?

J'aime bien les langues étrangères qui disent le monde autrement. C'est aussi simple que cela. Je regrette juste de ne pas en savoir plus. Et puis c'est aussi un moyen simple de placer l'étranger dans le texte. C'est certes exclusif vis-à-vis de ceux qui ne les connaissent pas, car je ne traduis pas les passages, sauf quelques uns, mais j'aime leur rythme dans la langue originale, et si jamais, les gens peuvent s'arranger pour découvrir ce que cela veut dire, donc c'est une exclusivité incitante, si l'on peut dire cela ainsi. C'est comme quand je dis aux gens que je connais ici d'apprendre le francais pour lire ce que j'écris, car le 98% de mes amies et amis de Berlin ne savent pas, hélas, ce que je foutimasse, et que cela fait au quotidien comme une drôle de solitude. Mais bon. So ist es eben.

Le Prix Sandoz que vous avez reçu se monte à 100'000 CHF. Une somme qui permet d'entreprendre un voyage comme le vôtre, mais qui peut aussi exercer une forme de pression sur son récipiendaire. Ce prix, en-deça de ce qu'il vous a objectivement permis d'accomplir, vous a-t-il par moments intimidé ou bloqué?

Je ne sais pas si les mots «intimidés» ou «bloqués» sont les bons, mais je sais que je suis content d'avoir clos ce projet avec le livre. C'est vraiment quand je l'ai eu dans les mains que la pression a cessé. Elle était pour moi énorme, digne de la somme que j'ai recue. Je suis, je crois, infecté de ce que je me dis être l'environnement protestant dans lequel j'ai grandi. La récompense à la fin seulement. D'abord la tâche. Quand j'étais enfant, la Migros vendait une glace avec du parfum chocolat sur le côté, que je ne n'aimais pas beaucoup, et au milieu quelque chose comme «straciatella», du blanc avec des bouts de chocolat, et cela je l'adorais, et le mangeais toujours en dernier. Un jour, j'ai pleuré parce que, quand j'avais fini les parties au chocolat, je n'avais plus faim pour le reste. J'aurais dû me méfier de ce que ce genre de malheur voulait dire. Sinon, pendant l'année de bourse, oui, il y a des jours où je me réveillais et n'arrivais pas à me rendormir parce que j'avais le sentiment de ne pas avoir encore assez écrit et cela me rendait malade. Mais au fond, je crois qu'il y a deux niveaux différents de pression. Le premier est probalement naturel, lié au soucis que donne le travail, la réalisation de projet et les doutes qui y sont liés. L'autre est excessivement artificiel, lié à la perte totale des repères en ce qui concerne l'argent et ce qu'il vaut par rapport au travail. J'ai tout dépensé durant l'année de la bourse et depuis je vis de traduction technique. Je gagne assez pour vivre à Berlin, où la vie est bien bien meilleure marché qu'en Suisse, avec ma famille, mais à coup de mandats où parfois je gagne 9 euros ou 22 euros, et puis cela s'aditionne petit à petit et par bonheur cela nous permet d'aller de l'avant dans le luxe immense de la classe moyenne occidentale, mais c'est loin des sommes mensuelles que signifiaient la bourse et loin de ce que gagnent d'autres gens qui travaillent, que cela soit les sommes faramineusement élevées comme plusieurs centaines de francs à l'heure ou d'autres incroyablement basses comme deux euros par jour ou moins encore.

Votre écriture a-t-elle beaucoup changé, évolué à travers cette expérience?

Je ne sais pas. Je fais de mon mieux pour m'y mettre tous les jours. «Everything is changing», comme me disait Wojtek quand il me montrait Varsovie.

De quoi est faite l'année 2006 d'Yves Rosset, écrivain?

D'attente, d'initiative et de patience. D'attente parce que je ne sais pas encore comment je vais m'en sortir, si j'aurai assez de travail. Touchons du bois. D'initiative, car j'ai des projets et des envies, et de patience, car cela va assez lentement d'écrire, et plus encore quand l'écriture ne paie pas directement parce qu'elle ne touche pas assez de monde, donc que c'est comme un hobby qu'on s'offre plutôt qu'un autre et qu'en même temps cela ronge et pousse et travaille et suce et qu'il me faut renverser la vapeur!! Je cherche un agent!! Peut-être que «Les Oasis de Transit» trouveront un public, ce qui me permettrait éventuellement de me financer un mois de travail exclusivement consacré à l'écriture. Cela sonne un peu matérialiste, mais cela serait l'idéal. C'est en effet ainsi que, en septembre 2003, j'avais «lancé» la rédaction des Oasis, durant un mois seul dans une maison à Rueglio, dans le Piémont, avant de poursuivre sur ma lancée parallèlement à l'alimentaire jusqu'en août 2004, date à laquelle j'ai envoyé la première version du texte à Bernard Campiche

Presseschau (Auswahl)

Un écrivain qui voyage...
[…] Et d'entrée, on est proprement sidéré par la finesse et la plénitude de l'observation. Ce n'est pas tant la précision d'ethnologue ou d'anthropologue devant le spectacle des autres – les bibliothèques en abondent – que la mise en place littéraire de l'observation qui frappe. Il y a une véritable trame romanesque dans chaque oasis. La mise en place, alors, de ce transit perpétuel, ce sont les relations entre les objets, les senteurs, les mots, les attitudes.
[…] Alors? Yves Rosset cherche souvent sa direction dans ce long récit. Alors qu'il sait dès le départ qu'il reviendra à son point de départ. Décidément, on voyage tout le temps, même dans un apparent mouvement infime ou tournoyant. On passe aussi, dans tous les sens du terme. Ainsi à Auschwitz: "Mais moi je ne que passe. Et tout s'est passé. Rien, absolument rien qui pourrait servir de terme intermédiaire entre elles et moi, entre eux et moi."
[…] Quand il embarque à Los Angeles pour son ultime transit, il semble qu'Yves Rosset n'ait pas perdu ce bouillonnement intérieur, cette boulimie d'observations. Mais peut-être a-t-il au fond absous quelque chose d'un état des lieux en boucle, un immense système tournant à vide. Les passagers forment "des serpents humains qui vont bientôt se défaire en zone globalised world avant de se refaire au moment de l'embarquement dans le navire aérien". Magistral portrait aussi d'une douce folie ambiante qui est juste constatée, sans atteindre le bonheur intime? […] (Jacques Sterchi, La Liberté, 03.01.2006)

L'année éditoriale romande 2005 va s'achever avec l'apparition d'un véritable OVNI littéraire, qui fera sûrement date. Les Oasis de Transit d'Yves Rosset constituent, en effet, un ouvrage atypique, cristallisation de notes prises au cours des voyages autour du monde de l'auteur […], lesquelles notes ont fait l'objet d'un premier état de travail, ensuite poussé beaucoup plus avant dans ce saisissant récit kaléidoscopique.
Entré en littérature avec Aires de repos sur les autoroutes de l'information, récompensé en 2001 par le Prix Georges-Nicole, et publié aux Éditions Bernard Campiche, Yves Rosset (né en 1965) s'est immédiatement signalé par l'acuité de l'observation qu'il porte sur le monde contemporain et par sa façon de construire son texte en incorporant les innombrables informations simultanées qu'il nous est donné de capter, comme d'un hypertexte combinant tous les modes de perception, restitués dans un récit au langage incessamment inventif, relevant à la fois du journal de bord personnel, de l'essai critique, de l'évocation impressionniste et de la chronique. (Jean-Louis Kuffer, Le Passe-Muraille, no 67)