Loin des bras

Metin Arditi

L'Institut Alderson, pensionnat suisse pour gosses de riches, traverse des jours difficiles et pourrait changer de propriétaire. Aussi le petit cénacle des professeurs vit-il des jours angoissés. Ici chacun panse une blessure ou dissimule un secret: un deuil, le vice du jeu, le déshonneur d'avoir été «collabo», la lâcheté déguisée en pacifisme, l'opprobre antisémite, des amours «contre nature», le sentiment d'avoir été abandonné... Dans ce refuge de solitudes et de destins brisés, la paroi des silences se fendille peu à peu, laissant à nu des êtres qui doutent autant d'aimer les autres que de s'aimer eux-mêmes. En courts chapitres extrêmement prenants, Metin Arditi raconte ces quelques mois de crise. Il pousse chacun de ses personnages à assumer ses faiblesses. Metin Arditi est un conteur hors pair et son roman est de ceux qui captivent. Le théâtre, la danse, la littérature nourrissent un récit bondissant, aux ramifications multiples, qui pourtant jamais ne s'écarte de sa magistrale orchestration.

Rezension

von Brigitte Steudler

Publiziert am 17/11/2009

Dans Loin des bras, récit des turbulences vécues dans un internat se retrouvant au bord de la faillite à la fin des années cinquante, Metin Arditi s'attache à dépeindre la complexité des relations humaines se nouant dans un univers clos. Dasn ce sixième roman, moins convaincant que les précédents, l'auteur restitue le climat d'une époque et d'un univers qu'il a particulièrement bien connu puisqu'il fut celui de son enfance passée dans un pensionnat vaudois.

Situé sur les rives est du lac Léman, non loin de Lausanne, l'Institut Alderson vit des heures sombres. Nous sommes en septembre et la directrice doit faire face en cette rentrée 1959 à un nombre croissant de désistements d'élèves. Les méthodes pédagogiques de cet internat, créé au milieu des années trente sur la base d'un projet pédagogique conçu par son défunt mari, s'inspire à la fois du modèle anglais d'éducation et des idées de Nietzsche sur le dépassement de soi. Prônant l'excellence dans toutes les matières enseignées, l'institution impose à tous ses pensionnaires la pratique intensive de nombreux sports, car son objectif est d'entraîner et de favoriser par tous les moyens l'émergence de capacités intellectuelles et physiques exceptionnelles.

Rédigé sous la forme de très nombreux et très courts chapitres, Metin Arditi procède par petites touches. Il esquisse tour à tour dans un ordre indistinct et non chronologique les portraits de la petite dizaine d'enseignants travaillant au sein de cet établissement privé en prenant à chaque fois le point de vue de l'homme ou de la femme qu'il se charge de dépeindre. Pour décrire le quotidien des élèves il choisit d'axer son récit sur l'arrivée de la future remplaçante du cours d'italien, Madame Vera D'Abundo. Venue d'Italie, celle-ci se remet douloureusement du décès de son fils unique: véritable fil rouge, c'est en grande partie par ses yeux que la vie à l'intérieur et à l'extérieur de l'internat nous est restituée.

La variété et la complexité des parcours de vie des nombreux personnages du sixième roman rédigé par l'écrivain, lui-même ancien pensionnaire de l'Ecole Nouvelle de Paudex, est impressionnante. Elle permet sans aucun doute à l'auteur, venu d'Ankara en Suisse à l'âge de sept ans pour vivre en internat, d'émailler ses portraits d'éléments vécus ou ressentis. Malheureusement cette dispersion du récit en une multitude d'esquisses fractionne et ralentit l'avancement de l'intrigue. C'est un peu comme si Metin Arditi, en habile homme d'affaires qu'il est devenu, se plaisait malicieusement à en freiner la progression afin de restituer dans toute sa lourdeur le poids de l'anxiété pesant sur les enseignants dès lors qu'ils savent que l'établissement qui les emploie est l'objet d'une demande de rachat. Cela nous a gêné d'autant plus que les chapitres sont parfois si courts que le sentiment de discontinuité s'en trouve fortement augmenté. Le style de l'auteur devient saccadé, alors que jusqu'ici la fluidité caractérisait son écriture, plus particulièrement dans ses récents romans, qu'il s'agisse de La Fille des Louganis ou de La Pension Marguerite. Pour mettre un terme provisoire à cette légère mais réelle frustration, nous avons relu les pages que l'auteur avait écrites en 2002 de façon beaucoup plus personnelle et sensible sur ses mêmes années de pensionnat et qui furent publiées aux Editions Zoe sous le titre de La Chambre de Vincent. Le ravissement fut entier, tant l'écriture et le style personnel de l'auteur s'y exprime avec sensibilité, finesse et élégance.