Le Splendide hasard des pauvres

Thierry Luterbacher

Pour son deuxième roman, Thierry Luterbacher nous emmène dans une narration à deux niveaux. Le Splendide Hasard des pauvres est un récit rédigé par l’écrivain Youri Suarez, parti de rien et devenu un écrivain adulé et «à la mode». Youri Suarez revient dans la ville de son enfance, pour y savourer sa «victoire» sur ceux qui avaient écrasé ses parents et n’avaient jamais cru en lui.

Peu à peu, le texte dérape dans une interférence entre la vie réelle de Youri et ses écrits: réalité ou fiction? Les personnages glissent progressivement d’un récit à l’autre.

Comme l’a largement souligné la Critique lors de la parution de son premier roman, Un cerisier dans l’escalier, Thierry Luterbacher possède un art de raconter des histoires simples, avec un langage, des références (chansons, poésie, polars) et un humour qui lui appartiennent. Les lieux, les personnages nous semblent très humains, très proches et le climat dégagé est empreint à la fois de révolte et de nostalgie. Thierry Luterbacher confirme ici qu’il est un auteur original.

(présentation du roman, Bernard Campiche)

Thierry Luterbacher remet ça. Les Splendides Hasards d'un Biennois inspiré

von Catherine Favre

Publiziert am 02/05/2003

Ecrivain, dramaturge, réalisateur de films, peintre, journaliste... Thierry Luterbacher est un touche-à-tout mû par la passion généreuse de ceux qui ne se résignent pas à la barbarie des hommes.

Après un premier roman très remarqué, Le Cerisier dans l'escalier, couronné de nombreuses distinctions (Prix Georges-Nicole, Prix du canton de Berne et Prix Saint-Valentin), Thierry Luterbacher publie un deuxième livre, Le Splendide Hasard des pauvres, chez l'éditeur Bernard Campiche. Avec ce récit articulé en deux strates autour des affres d'un écrivain miné par la célébrité, l'auteur s'affirme dans la voie d'une écriture originale, ramassée comme «un cri de rage et de colère» qui claque et explose à chaque page. Le verbe y est charmeur, caustique, sarcastique; un ton sombre singulièrement éloigné du lyrisme baroque du Cerisier dans l'escalier. Rencontre au Salon du livre de Genève avec «celui qui parlait comme un vieil Indien», titre du film que Luterbacher vient de consacrer à un autre Mohican, le chanteur Michel Bühler.

Avec ce deuxième roman, on vous attend un peu au tournant?

Il paraît oui... Pour ma part, j'éprouve une sorte de curiosité nerveuse, sans plus. J'avais commencé ce livre bien avant la publication du Cerisier dans l'escalier et tout le ramdam qui a suivi. Toutefois, pour ce deuxième livre, je me suis astreint à une exigence de concision, une intransigeance que je n'avais pas précédemment.

Et alors?

J'ai passé de l'euphorie à l'abattement. Finalement, après avoir travaillé le texte au moins six fois et un entretien mémorable avec mon éditeur d'où je suis ressorti complètement épuisé, je me suis jeté sur ce manuscrit comme une bête affamée. J'ai passé dix jours - ou plutôt dix nuits d'insomnie - à le retravailler entièrement... J'ai élagué, sabré, traqué la moindre mauvaise herbe pour ne garder que les phrases coups de poing...

Votre héros, cet écrivain à succès... c'est un peu vous?

Ce n'est pas autobiographique, ce serait vraiment présomptueux, mais comme toujours je mets des morceaux de moi-même dans mes personnages.... L'idée de cette histoire a germé à la dernière Exposition suisse de sculpture en juin 2000 autour d'une réflexion sur l'utile et l'inutile; une ¦uvre était dédiée à Martin Eden, roman de Jack London. Cela m'a donné envie de reprendre ce personnage issu d'un milieu prolétaire, refusant de comprendre que ceux qui le méprisaient alors qu'il était pauvre, le louent une fois devenu célèbre. Dans mon livre, les personnes qui écrasaient et humiliaient le père et la mère de Youri Suarez, le personnage de mon roman, lui déroulent maintenant un tapis rouge. La célébrité est une supercherie qui mine, détruit; un élixir qui dévore la nature humaine...

Dites-donc... pour un auteur qui cumule les distinctions littéraires, célébré par PPDA, fêté par le gotha parisien...!?

... oui bien sûr, c'était assez impressionnant d'être reçu par Poivre d'Arvor dans les salons de l'hôtel Ritz à Paris où se déroulait en mon honneur la cérémonie du «Prix Saint-Valentin». Mais rien n'a changé, je ne vis pas à l'envers de mes rêves. J'ai vieilli, mais le sentiment de révolte est intact; l'injustice, d'où qu'elle vienne, m'est intolérable; la forme la plus insoutenable du mépris social est certainement le regard de condescendance qui pèse sur ceux qui n'appartiennent pas à la même «caste». Mon livre est un cri de rage: je suis resté le même homme alors pourquoi? Seul un ancien maître d'école refuse de célébrer Youri Suarez. L'enseignant qui le raillait, l'écrasait de ses sarcasmes, continue à ne pas l'aimer et Suarez le remercie de son honnêteté, d'être resté fidèle à sa haine. Il préfère l'antipathie du vieux professeur à la flagornerie des autres.

Maintenant que vous avez vos entrées dans les cénacles du Tout-Paris... vous allez rester fidèle à votre éditeur vaudois?

Ma réponse se trouve dans mon livre. Suarez reste fidèle à l'éditrice qui lui a fait confiance à ses débuts, au même titre qu'il demeure attaché à l'hôtel du temps de la galère. Campiche est l'éditeur qui m'a donné ma chance, la publication d'un premier roman est une émotion extraordinaire, unique; en changeant d'éditeur j'aurais l'impression de me trahir moi-même, de renier mes convictions et ça, ce n'est vraiment pas mon genre...

... et l'ambiance vin blanc - petits fours du Salon de Genève... c'est votre genre?

Non plus. Mais les mondanités à Palexpo sont tout à fait secondaires. Contrairement aux vernissages d'exposition qui restent l'apanage de petits cercles restreints, fermés, le salon rallie absolument toutes les couches sociales, toutes les générations. D'habitude je fuis les bains de foule, mais là, c'est différent, c'est l'occasion d'aller à la rencontre de mes lecteurs. 

Presseschau (Auswahl)

Thierry Luterbacher envoie ses mots à la bataille

Vivante, fleurie, intrépide, excessive par endroits, à la fois tendre et âpre, sa prose embarque Youri Suarez dans une histoire où on se sent «pris du vertige de l'image dans l'image jusqu'à l'infini des boîtes de fromage de [notre] enfance». [...] Tout en récoltant les références (chanson, peinture, littérature, mythologie) semées par le Petit Poucet devenu grand, on traverse ainsi un récit pluriel mi-polar, mi-existentiel, où Youri Suarez compose une nouvelle qu'il nous donne à lire et que lisent également les héros d'un de ses romans, roman où il (Suarez) se met en scène et dont on déguste la chute: vertige assuré. [...] [Les phrases de Thierry Luterbacher] envoient leurs mots à la bataille aux côtés d'écorchés vifs, de doux rêveurs, de marginaux et fréquentent des lieux d'où pourraient surgir Benjamin Malaussène et sa tribu. Elles sont parsemées d'étoiles poétiques; certaines s'éteignent sitôt lues, de nombreuses autres demeurent vivaces et scintillantes. (Elisabeth Vust, Le 24heures, 27.05.2003)

Bernard Campiche publie le deuxième roman de Thierry Luterbacher, Le Splendide Hasard des pauvres. Son premier opus, Un cerisier dans l'escalier, avait reçu le prix Georges-Nicole 2001. Cette fois, le Bernois francophone narre le retour dans sa ville natale d'un écrivain à succès. Vengeance mais surtout histoire qui dans une langue imagée, table autant sur les ambiances que sur de discrètes réflexions entre les lignes. (La Liberté, 26.04.2003)

Pour son deuxième roman Thierry Luterbacher, artiste biennois aux multiples talents, dans un style qui vaut par sa qualité poétique décrit une revanche sur l'adversité. Avec Le Splendide Hasard des pauvres, l'auteur emmène le lecteur dans une narration à deux niveaux. Son récit est rédigé par un écrivain parti de rien qui devient un auteur adulé et «à la mode». Il revient dans la ville de son enfance pour y savourer sa «victoire» sur ceux qui avaient écrasé ses parents et n'avaient jamais cru en lui. (Pierre Blanchard, La Presse Nord Vaudois, 06.05.2003)