Dans le dos du temps

Joëlle Stagoll

«Mais en profondeur la joie demeure.
La joie enfouie.
Imprévisible.
Dans quel abysse, source souterraine de vie, puise-t-elle donc sa sève, pour qu'une simple, une seule de ses racines s'infiltrant puisse crever, soulever, basculer la dalle de béton de la souffrance?»

 

Jeanne est projetée à rebours dans son passé et, tandis qu’elle en remonte le cours, elle tente vainement d’en modifier les événements les plus douloureux. Mais, quand elle revit la joie fulgurante qu’elle éprouva à la naissance de son enfant, elle s’apaise et trouve la force de survivre à son insoutenable souffrance d’avoir causé l’irréparable.

(présentation du livre, éditions de l'Hèbe)

Rezension

von Pierre Lepori

Publiziert am 10/10/2004

Pour finir en beauté, Stagoll s'offre un plongeon dans l'invention métaphysique. Jeanne, une vieille actrice, va mourir. Mais auparavant, elle remonte dans le temps. Elle vivra - l'espace des jours qu'il lui reste à vivre - un voyage à reculons dans ses souvenirs. D'abord avec Monsieur François, un admirateur silencieux qui l'a suivie depuis toujours et qui l'avait approchée seulement dans son grand âge. Plus loin : sa carrière, sa vie de mère, marquée par l'abandon d'une fille farouchement aimée. Enfin la source : un souvenir encore plus lointain, englouti, marqué par le sens du péché.

Le lecteur remonte le temps (mais l'auteure ne semble pas convaincue par ce jeu) avec en contrepoint la voix d'un ange, méprisante d'abord, puis qui s'envole dans un lyrisme un peu maniéré.
Dommage que le thème du théâtre, central dans la tétralogie, ne soit pas exploité jusqu'au bout. Drôle et profond dans la première partie, le roman aurait certainement gagné à moins étaler les «grands thèmes» et pâtit de les avoir trop souvent soulignés (notamment dans les histoires au romantisme forcé que François raconte à Jeanne, et surtout dans un final un peu hâtif). Nous aurions aimé ressentir le vertige du temps, et nous restons un peu sur notre faim.
Mais le personnage de l'actrice, Jeanne, clôt parfaitement une tétralogie marquée par l'obsession de l'identité (personnelle et collective). Et une lecture passionnante et passionnée.